La sexualité non-exclusive fascine autant qu’elle interroge. Entre fantasmes partagés, explorations sensuelles et liberté assumée, certains couples réinventent les codes de l’intimité. Une thérapeute à médiation corporelle et masseuse tantrique en formation de sexothérapeute livre son témoignage sans filtre sur sa relation ouverte, ses découvertes dans les clubs libertins et les émotions qui traversent ce mode de vie atypique.
Du désir d’exclusivité au trio libérateur
Au début de leur histoire, elle aspirait à la chasteté et à l’exclusivité totale avec son partenaire. Mais après quelques semaines d’une relation fermée, un fantasme commun avec un ami proche a tout changé.
L’expérience à trois s’est révélée transformatrice. « Merveilleux. Si fluide, si doux, si excitant et joyeux aussi », confie-t-elle. Cette première transgression des codes traditionnels lui a offert une « magnifique leçon d’empathie et de lâcher-prise… »
Cette soirée a marqué un tournant dans leur manière d’envisager le plaisir et l’intimité.
Les clubs libertins : se montrer plutôt que partager
Ensemble, ils fréquentent désormais les établissements libertins. Mais l’objectif d’Eulalie diffère des pratiques classiques de ces lieux.
« Profiter des infrastructures, de la liberté possible ; j’aime voir et surtout être vue », explique-t-elle. Exhibitionniste assumée, elle n’a jamais ressenti l’envie de relations sexuelles avec d’autres personnes rencontrées dans ces clubs.
Elle observe son compagnon désirer d’autres corps, mais celui-ci affirme n’avoir « aucune frustration à ne pas aller vers eux ». Cette préférence affichée la rassure profondément : elle se sent « préférée ».
La distance et les amants : quand la compersion remplace la jalousie
Le couple vit séparé géographiquement. Son partenaire prend des amants quand il « a envie de plaisir », une liberté qui ne déclenche aucune jalousie chez elle.
« Au contraire, cela m’excite », confesse-t-elle. Son compagnon « rit de ma compersion, orientée par mon fantasme d’aimer voir les hommes ensemble ». Cette excitation face au plaisir de l’autre porte un nom : la compersion, concept clé du polyamour éthique.
Néanmoins, elle s’interroge : serait-elle « aussi compersive s’il voyait une autre femme » ? Le doute persiste sur cette limite potentielle.
Ses propres explorations : entre désir et précautions
De son côté, elle s’autorise certaines expériences. Récemment, elle a caressé un ami, dormi nue contre lui et pratiqué une fellation. « En amie, parce que j’aime bien sucer, que j’aime bien cet ami, c’est tout », résume-t-elle simplement.
La réaction de son partenaire ? « Si cela te rend heureuse, cela me plaît. » Une sincérité absolue qu’elle perçoit comme authentique et qui la comble.
Toutefois, elle maintient des limites claires. « L’idée de coucher avec des étrangers me dérange sur le plan des IST et de la santé sexuelle », précise-t-elle. Elle refuse également la pénétration par un autre sexe que celui de son compagnon, même lors de trios.
Malgré ces frontières, elle considère qu’il lui reste « une belle aire de jeu en réalité ».
La sécurité affective comme socle de la liberté
Ce mode de vie repose sur une base solide : la confiance mutuelle. Elle a trouvé un homme « capable de m’accepter et de m’aimer dans ma liberté sexuelle » tout en lui offrant une « véritable sécurité affective dans le lien ».
Cette sécurité s’appuie sur la « confiance que nous nous accordons » et leur capacité à « tout nous dire ». La communication transparente devient le pilier de leur équilibre.
Le couple partage une philosophie commune : « Si divers. Si insatiables, si gourmands. Nous aimons le corps, les corps. Nous voyons de la beauté dans l’exploration charnelle et la diversité des plaisirs. »
Son partenaire affirme qu’il « met de l’amour dans ce qu’il fait », une phrase qu’elle-même avait écrite avant lui. Réciproquement, elle ressent que « s’il est heureux, cela me comble ».
Les zones d’ombre : l’idéalisation comme protection contre la jalousie
Malgré cette harmonie apparente, des questions subsistent. Elle reconnaît que sa disposition au partage est « conditionnée » par le fait que son compagnon la « préfère ».
Il se montre « fou de moi, de mon corps, de mes idées, de ma créativité, de ma capacité d’écoute, de ma capacité d’amour… » Il va jusqu’à dire qu’« aucune femme ne saurait m’égaler ».
Cette idéalisation actuelle l’empêche de ressentir la jalousie. Mais elle s’interroge : « pour combien de temps ? » si son partenaire rencontre quelqu’un d’autre ou cesse de la percevoir ainsi.
Sera-t-elle capable de « transmuter la peur » ou sombrera-t-elle dans l’insécurité ? Elle envisage même de « partir » pour une autre passion si nécessaire.
Vivre au présent et choisir sa liberté
Face à ces incertitudes, elle a fait un choix : vivre le bonheur « au présent ». Pour elle, « tout n’est que question de choix ».
« La liberté ne réside peut-être que dans l’action de choisir », affirme-t-elle. « Ce partenaire, cet espace, ce mode de relation, ce besoin à prioriser, ce rêve à poursuivre. Se choisir soi. Juste être. »
Eulalie fait partie de l’équipe de NouveauxPlaisirs.fr depuis 2020 et administre la Sexosphère, la communauté du site. Son talent à écouter et coacher autour de la sexualité y est largement reconnu.
Amoureuse du corps, de la vie et des rencontres, cette soignante de formation apporte une grande expérience des pratiques corporelles et une immense capacité d’écoute, nourries par son féminisme et sa créativité sans limite.
